Médecine adaptative

Journée mondiale contre le cancer 2026 : A l’Institut Curie, le tempo tumoral au cœur de la médecine adaptative et personnalisée

03/02/2026

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Journée mondiale contre le cancer 2026 : A l’Institut Curie, le tempo tumoral au cœur de la médecine adaptative et personnalisée

Dynamique et suivi de l’évolution tumorale au cours du traitement, compréhension et ciblage de la plasticité cellulaire, apport de l’intelligence artificielle… la cancérologie fait aujourd’hui l’objet d’un véritable changement de paradigme : l’émergence d’une médecine adaptative et personnalisée visant à ajuster la prise en charge des patients au plus près de la réalité de leur maladie. Grâce aux travaux de recherche fondamentale, translationnelle et clinique de ses équipes, l’Institut Curie s’inscrit comme l’un des pionniers et leaders pour déployer ces approches et ouvrir la voie à des traitements réellement évolutifs.

Le cancer évolue, se transforme, s’adapte. Sous l’effet des traitements, certaines cellules tumorales disparaissent, d’autres survivent, changent d’état ou développent des résistances. Une telle dynamique explique une part majeure des rechutes et des échecs thérapeutiques. 

La complexité des cancers impose de dépasser une médecine fondée sur une photographie initiale de la tumeur. A l’Institut Curie, notre réponse au défi de l’évolution tumorale passe par une médecine qui se veut désormais adaptative. Elle vise à proposer à chaque patient la stratégie thérapeutique la plus appropriée dans le temps, en ajustant le suivi et les traitements à la dynamique propre de sa tumeur.

Pr Alain Puisieux président du Directoire de l’Institut Curie

Un changement de paradigme devenu incontournable

Les progrès de la génomique, de l’imagerie fonctionnelle et des technologies en cellules uniques ont profondément renouvelé la compréhension des cancers. Ils ont d’abord mis en évidence leur diversité interindividuelle, fondement de la médecine de précision. Mais ils ont surtout révélé leur hétérogénéité et leur complexité dynamique. Les tumeurs forment en effet de véritables écosystèmes. Elles évoluent sous la pression des traitements, de leur microenvironnement et du système immunitaire. Deux mécanismes jouent un rôle central : la sélection clonale, fondée notamment sur des différences génétiques ou épigénétiques des cellules tumorales, et la plasticité cellulaire, fondée sur des changements réversibles d’état fonctionnel. 

« La plasticité cellulaire n’est pas une anomalie marginale : c’est une propriété centrale des cancers. La prendre en compte change profondément notre manière de penser nos recherches pour identifier de nouvelles vulnérabilités thérapeutiques, découvrir de nouvelles voies biologiques, développer des traitements innovants », déclare le Dr Claire Rougeulle, directrice du Centre de recherche de l’Institut Curie.

 

L’Institut Curie, pionnier de la médecine adaptative

L’Institut Curie s’impose aujourd’hui comme l’un des acteurs pionniers de cette approche. Son principal atout réside dans un écosystème unique, qui couvre l’ensemble du continuum, de la recherche fondamentale à l’innovation, jusqu’à la prise en charge des patients. La proximité entre chercheurs et soignants favorise une circulation rapide des connaissances, des outils et des hypothèses scientifiques vers le soin. Plus de la moitié des patients suivis à l’Institut Curie sont intégrés, à un moment de leur parcours, dans des cohortes ou des essais cliniques. Ce lien constant entre observation clinique et recherche ouvre sur des approches réellement évolutives.

« La médecine adaptative repose sur la capacité à suivre l’évolution des tumeurs et à repersonnaliser les traitements à chaque étape. C’est un modèle que nous appliquons déjà à l’Institut Curie, et qui irrigue aujourd’hui de nombreux domaines de l’oncologie », précise le Pr Steven Le Gouill, directeur de l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie. « Dans ce contexte, ajuster la stratégie thérapeutique au fil du temps n’est plus une option, mais une condition pour améliorer durablement le pronostic des patients ».

 

 

Des plateformes et expertises de pointe

Pour ce faire, l’Institut Curie s’appuie sur des infrastructures de très haut niveau : génomique et transcriptomique unicellulaire, bio-informatique, imagerie avancée, radiothérapie de nouvelle génération, modèles précliniques dédiés à l’évolution tumorale. Ces outils permettent de caractériser finement les trajectoires biologiques des cancers et d’envisager des ajustements thérapeutiques précoces et ciblés.

« Face à la quantité pharamineuse et à l’évolution constante des données générées par le cancer, l’IA est devenue un levier majeur de la médecine adaptative. À l’Institut Curie, elle permet aux cliniciens d’analyser ces données, de détecter des signaux difficiles à percevoir et agit comme un outil d’aide à la décision, sans jamais se substituer à l’expertise des médecins », explique le Dr Sarah Watson, cheffe du département des Essais cliniques précoces de l’Institut Curie.

Grâce à une expertise unique, de nombreuses équipes décryptent de nouveaux axes de régulation qui expliquent les capacités des cellules à changer d’identité pour résister aux médicaments et favoriser la rechute du cancer. « Nous allons très loin dans la compréhension des mécanismes de survie des cellules tumorales. Aujourd’hui, nous avons découvert l’un de leur talon d’Achille lié au métabolisme du fer qui ouvre la voie à des traitements capables d’agir là où les thérapies classiques échouent », s’enthousiasme le Dr Raphaël Rodriguez, directeur de recherche au CNRS et directeur adjoint de l’unité Chimie et biologie des cancers (Institut Curie, Inserm, CNRS).


Vers des soins réellement évolutifs

Pour gagner du temps sur l’évolution tumorale, éviter des effets secondaires inutiles et réduire les coûts, l’un des enjeux majeurs vise également à prédire l’efficacité des traitements. C’est ce à quoi s’attèlent les équipes de l’Institut Curie pour proposer à chaque patient la stratégie la plus pertinente, au moment le plus opportun, en tenant compte de l’évolution réelle de sa maladie. Grâce à l’intégration étroite de la recherche et du soin, l’Institut Curie se positionne comme l’un des acteurs majeurs de ce changement de paradigme. 

« En plaçant l’évolution tumorale au cœur de la décision médicale, l’Institut Curie ouvre la voie à des traitements capables de s’adapter au cancer, plutôt que de subir ses transformations. Prendre en compte l’évolution du cancer, c’est se donner les moyens de garder un temps d’avance », souligne le Pr Nicolas Girard, chef du département d’Oncologie médicale de l’Institut Curie.
 

Six axes pour comprendre et suivre le cancer afin d’ajuster les traitements

1 – Dynamique d’évolution tumorale : sélection clonale et plasticité cellulaire

Parce que les cancers évoluent sous la pression des traitements, à l’Institut Curie, des équipes étudient comment certaines cellules survivent, se transforment et jouent un rôle majeur dans les rechutes. Ces travaux, menés notamment dans les cancers du sein et les cancers pédiatriques, visent à identifier les moments de vulnérabilité de la tumeur pour ajuster les stratégies thérapeutiques. 

2 – Suivi de l’évolution au cours du traitement

Grâce aux biomarqueurs circulants et aux biopsies liquides, il devient aujourd’hui possible de suivre le cancer en temps réel, à partir d’une simple prise de sang. Une approche qui permet aux équipes de l’Institut Curie de détecter plus tôt les résistances, d’éviter des traitements inefficaces et d’améliorer la survie, chez l’adulte comme chez l’enfant. 

3 – Ciblage de la plasticité cellulaire

Certaines cellules cancéreuses résistent en changeant d’état plutôt qu’en mutant. C’est pourquoi, à l’Institut Curie, de nouvelles classes de molécules ciblent ces cellules réfractaires en exploitant leurs vulnérabilités biologiques, notamment via l’induction de la ferroptose, une mort cellulaire dépendante du fer. Objectif : empêcher le cancer de changer de stratégie. 

4 – Radiothérapie adaptative

En s’appuyant sur des équipements de nouvelle génération et une expertise forte, les équipes de l’Institut Curie ajustent le rayonnement séance après séance, en fonction des changements observés en temps réel à l’imagerie. Cette précision accrue permet de mieux contrôler la tumeur, malgré les micromouvements du patient et de ses organes, tout en protégeant les tissus sains ce qui illustre pleinement la logique adaptative.

5 – Approches immuno-adaptatives

Les immunothérapies et les CAR-T cells ont révolutionné le traitement de certains cancers du sang. À l’Institut Curie, l’enjeu consiste à rendre ces approches durables, en adaptant la réponse immunitaire à l’évolution de la tumeur et en développant des thérapies cellulaires plus accessibles. Voire à étendre ces solutions à d’autres cancers. 

6 – IA et médecine adaptative

L’Intelligence Artificielle (IA) aide à donner du sens à des masses de données complexes. Dans les cancers de primitif inconnu, elle permet déjà d’identifier l’origine probable de la maladie dans près de 80 % des cas et d’améliorer la survie. À terme, elle pourrait accompagner le suivi dynamique et la prédiction de la réponse aux traitements. Mais aussi représenter une aide à la décision pour d’autres cancers complexes.
 

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