- Accueil >
- Les actualités de l'Institut Curie >
- Cancer du sein chez les femmes jeunes : de multiples défis à relever
Plus de 61 000 cas de cancer du sein sont diagnostiqués chaque année en France, dont 5 % chez des femmes de moins de 40 ans 1. À cet âge, la maladie - comme les patientes - présentent des particularités que les médecins et soignants de l’Institut Curie s’appliquent à prendre en compte, tout particulièrement à travers l’Institut des Cancers des Femmes, pour améliorer la prise en charge et limiter les impacts de la maladie.
L’incidence du cancer du sein chez les femmes de moins de 40 ans1 est en augmentation. Cette évolution, déjà démontrée dans des études américaines, a été chiffrée en 2025 avec l’aide des chercheurs de Santé Publique France et du réseau français des registres FRANCIM : entre 1990 et 2023, le nombre de cas de cancers du sein pour 100 000 femmes en France est passé de 16,1 à 26,3 chez les moins de 30 ans, de 98,7 à 131,2 chez les moins de 40 ans et de 217,2 à 318,6 chez les moins de 50 ans2.
L’augmentation est constante, d’un peu plus de 1 % par an, mais s’accélère dans les dernières années, atteignant 1,6 % par an entre 2000 et 2020. « Or jusque dans les années 2000, l’incidence du cancer du sein dans les tranches d’âge plus jeunes était assez stable. Son évolution n’est donc pas anodine », précise la Dre Emmanuelle Fourme-Mouret, médecin spécialisée en oncogénétique et en épidémiologie au sein du pôle de Médecine diagnostique et théranostique de l’Institut Curie.
« Face à cette dynamique d’évolution, il est évidemment indispensable de se demander pourquoi nous observons ce changement et d’adapter nos stratégies de prévention et de prise en charge », ajoute la Dre Florence Coussy, gynécologue médicale et oncologue à l’Institut Curie. Si les explications manquent encore, différentes pistes, comme l’exposition à certains facteurs de risque, sont à l’étude dans le cadre de l’Institut des Cancers des Femmes, institut hospitalo-universitaire co-fondé par l’Institut Curie avec l’Université PSL et l’Inserm.
Des traitements généralement plus intensifs
La spécificité de ces cancers est quant à elle bien établie. « La première particularité est qu’ils sont souvent découverts à un stade plus avancé, avec des tailles tumorales plus importantes et un envahissement ganglionnaire plus fréquent. Ce qui est notamment lié au fait que les femmes de moins de 50 ans ne sont pas concernées par le dépistage organisé », pointe la Dre Florence Coussy. Un constat qui pousse d’ailleurs la Haute Autorité de Santé à évaluer actuellement l’opportunité d’abaisser l’âge de ce dépistage, de 50 à 45 ans.
De plus, chez les femmes de moins de 40 ans, la proportion de cancers triple négatif3 est deux fois plus élevée que la moyenne (22 % contre 11 %), de même que la proportion de cancers liés à des altérations génétiques (15 % contre 5 à 7 %). Enfin, ces cancers sont généralement plus agressifs, et un jeune âge constitue de fait un facteur de pronostic moins favorable, en particulier chez les patientes porteuses d’un cancer du sein exprimant les récepteurs aux hormones.
Les traitements sont donc adaptés à ces particularités. « Ils sont en général plus intensifs : par exemple, près de 70 % des femmes jeunes atteintes reçoivent une chimiothérapie, contre 30 % des femmes de plus de 60 ans, illustre la Dre Florence Coussy. En outre, chez ces femmes non ménopausées, l’hormonothérapie est souvent associée à une suppression de la fonction ovarienne. Cette stratégie est efficace, mais ses effets secondaires peuvent être difficiles à vivre et conduire certaines femmes à interrompre ou à moins bien suivre leur traitement. C’est pourtant un enjeu majeur, car une bonne observance est essentielle pour réduire le risque de récidive.»
La Dre Anne-Sophie Hamy-Petit, gynécologue médicale, oncologue et chercheuse à l’Institut Curie, ajoute : « Ces patientes auront en plus besoin d’une surveillance attentive tout au long de leur vie, qui nécessitera une coordination entre les professionnels de santé pour prendre en charge les retentissements osseux, cardio-vasculaires et éventuellement cognitifs des traitements, ainsi que le risque de rechute. »
Un parcours de soin et des axes de recherches dédiés
En effet, les conséquences de ces cancers et de leurs traitements diffèrent aussi entre cette population jeune et les femmes plus âgées : plus de fatigue, impact sur la fertilité, sur la grossesse et sur la sexualité, effets secondaires majeurs avec notamment des symptômes semblables à ceux de la ménopause, difficultés à maintenir une vie professionnelle en parallèle à des soins longs et lourds… « Le retentissement social de ces cancers est aussi très important : c’est un véritable fracas dans la vie de patientes qui sont encore dans leurs études ou débutent tout juste leur vie professionnelle », ajoute la Dre Anne-Sophie Hamy-Petit.
Pour y faire face, les équipes de l’Institut Curie, notamment à travers l’Institut des Cancers des Femmes, vont mettre sur pied un parcours dédié aux femmes jeunes atteintes d’un cancer du sein, ainsi qu’une consultation consacrée à la reprise du travail. Et plus largement, l’ensemble des recherches sur le cancer du sein menées à l’Institut Curie intègrent de plus en plus les problématiques des femmes jeunes, avec l’espoir de faire progresser les connaissances, les traitements, les parcours… et d’offrir ainsi de meilleures perspectives à ces patientes.
1 Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018 - Rapport FRANCIM, Santé Publique France, INCa
2 Increasing incidence of breast cancer in young women overtime - The Breast, Octobre 2025
3 Les cellules cancéreuses n’exprimant pas de récepteurs aux oestrogènes ni à la progestérone et ne sur-expriment pas le récepteur HER2, à l’inverse des cancers hormono-dépendants ou des cancers HER2+.

