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COVID-19 : 3 questions au Pr Christophe Le Tourneau

Catherine Goupillon-Senghor
24/03/2020
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Face à l'épidémie de COVID-19, les équipes de l'Ensemble hospitalier s'organisent pour assurer au mieux une continuité des traitement et des essais cliniques pour les patients atteints d'un cancer. Interview du Pr Le Tourneau, chef du Département d‘Essais Cliniques Précoces (D3i) à l’Institut Curie.
Christophe Le Tourneau

Quelles mesures sont mises en place au niveau du D3i pour faire face à la crise ?

Au D3i comme ailleurs, tous les actes médicaux non urgents et strictement nécessaires ont été différés. L’enjeu est de limiter au maximum la venue des personnes à l’hôpital afin de limiter le risque d’infection par COVID dans une population que l’on sait à risque de complications graves du COVID. Par exemple, certains examens sont faits en ville (prise de sang, scanner…) et nous réalisons des consultations à distance (téléconsultations) pour les patients qui vont bien sous traitement oral depuis longtemps.

Pour ceux qui doivent venir pour des traitements intraveineux, nous faisons une pré-consultation par téléphone pour s’assurer qu’ils n’ont pas de symptômes. Ensuite, nous essayons de concentrer tous les examens, prélèvements, consultations et traitements dans la même journée.

Après le passage de chaque malade à l’accueil de l’hôpital où du personnel infirmier vérifie l’état général de chacun, les malades qui arrivent dans le département sont soumis aux « mesures barrières » classiques comme partout dans les hôpitaux.

Comment se passent les essais actuellement ?

Tous les patients déjà inclus dans des essais cliniques continuent de recevoir leur traitement de façon normale, en annulant ou en transformant les consultations non strictement nécessaires pour le traitement en téléconsultation malgré tout. Alors qu’il avait été décidé de suspendre les inclusions dans les essais cliniques pendant une période supposée courte de confinement, nous comprenons que le déconfinement va prendre du temps. Il a donc été décidé de relancer la recherche clinique afin de faire profiter nos patients de l’innovation thérapeutique. Ceci va se faire en parallèle avec toute la recherche clinique purement COVID qui est mise en place.

Comment vivez-vous cette situation ?

La situation est particulièrement dure à vivre pour les malades qui viennent moins à l’hôpital. Cette rupture du lien humain et l’isolement sont parfois douloureux pour eux. Pour nous personnels soignants, cette situation est stressante car nous vivons au quotidien dans un environnement instable avec des réorganisations de l’activité qui évoluent en permanence en fonction de l’évolution de l’épidémie et des décisions sanitaires. Je tiens à saluer toute mon équipe qui est quasi au complet et qui se mobilise à chaque instant pour accueillir, rassurer et traiter nos patients dans les meilleures conditions.

 

Pour aller plus loin : notre podcast Curi(e)osité

Ecouter le podcast immersif sur les essais précoces en cancérologie à l’Institut Curie.

Chiffres clés (Institut Curie en 2018)

  • 70 essais précoces (phases I et II) menés
  • 381 patients inclus dans des essais précoces
  • 2 357 patients suivis au D3i

 

Essais précoces en cancérologie : facteurs de progrès pour les patients

Les essais cliniques précoces (phases I et II) représentent les phases initiales de développement des traitements, avant leur commercialisation. Les patients peuvent ainsi accéder à des médicaments innovants et prometteurs mais ne disposant pas encore d’autorisation de mise sur le marché, ce qui est un espoir supplémentaire dans leur parcours de soin.

Dans le Département d‘Essais Cliniques Précoces (D3i) de l’Institut Curie créé en 2018 et dirigé par le Pr Christophe Le Tourneau, des patients atteints de tous types de cancers sont traités : cancers du sein, cancers ORL, cancers gynécologiques, digestifs, thoraciques et urologiques…

Les principales thématiques sont les suivantes :

  • Essais de nouveaux médicaments de mécanismes d’action variés dont immunothérapie, thérapies ciblées, médicaments agissant sur l’épigénétique, nanoparticules, etc.
  • Essais d’associations de nouveaux médicaments entre eux ou en association avec la radiothérapie
  • Essais de médecine de précision dans lesquels un médicament est sur la base d’une altération moléculaire identifiée. Ces médicaments peuvent être des thérapies ciblées ou une immunothérapie.

 

La mise en oeuvre d’essais précoces nécessite un travail d’équipe pluridisciplinaire autour du patient, à la fois humain et technique, qui associe des expertises médico-scientifiques complémentaires : oncologie, radiothérapie, chirurgie, anesthésie-réanimation, soins infirmiers, anatomopathologie, génétique, immunologie, imagerie, radiologie, médecine nucléaire, pharmacologie et pharmacie, biostatisticiens, data managers, attachés de recherche clinique…

L’inclusion des patients dans des essais précoces à l’Institut Curie repose largement sur la RCP moléculaire (réunion de concertation pluridisciplinaire), coordonnée par Maud Kamal, qui dirige la cellule de coordination scientifique au sein du D3i. L’objectif est de réaliser le portrait moléculaire de la tumeur des patients afin de les inclure dans des essais cliniques précoces les plus adaptés.

« Le développement de nouveaux médicaments passe par plusieurs étapes avant d'être commercialisés. Une des étapes les plus importantes est la première administration chez des patients, ce que l'on appelle les essais de phase I « first-in-human », explique le Pr Christophe le Tourneau.

 

Le D3i fait partie des 15 centres de phase précoce labélisés pour les essais adultes et pédiatriques par l’INca (CLIP2) et a obtenu l’autorisation de l’HAS pour la réalisation des essais de phase I dits « first-in-human ».

Le D3i est reconnu au niveau international pour son expertise : interventions du Pr Le Tourneau dans de nombreux congrès internationaux, membre du comité essais précoces de l’ASCO (American Society of Clinical Oncology), grand congrès de cancérologie qui a lieu tous les ans et qui est le théâtre d’annonces importantes en termes de recherche et de traitements contre les cancers ainsi que de l’ESMO, (European Society of Clinical Oncology), un congrès fort de la cancérologie européenne qui a lieu tous les ans, membre du Conseil scientifique et président de la commission nationale de recherche clinique de la Fondation ARC, président du Groupe Essais Précoces de UNICANCER et vice-président du groupe MedPerso de Unicancer depuis mai 2019.

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