Leila et Celine

Étudier les cellules une par une

Alizée Lacroix
12/09/2018
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Leïla Périé, chef de l’équipe de recherche « Approches quantitatives en immuno-hématologie » (CNRS-Institut Curie), et Céline Vallot, chef de l’équipe de recherche « Dynamique de la plasticité épigénétique dans le cancer » (CNRS-Institut Curie)

Pourquoi est-il intéressant d’étudier individuellement les cellules cancéreuses ?

L. P. : Les tumeurs cancéreuses sont très hétérogènes : elles sont constituées de cellules avec des caractéristiques différentes. Lorsque l’on étudie une tumeur dans sa globalité, on risque de ne voir que des caractéristiques moyennes, partagées par la grande majorité des cellules, et de rater des profils génétiques rares mais qui peuvent avoir une influence importante sur la maladie.

C. V. : Nous souhaitons développer des outils permettant d’étudier facilement une grande quantité de cellules, une par une, et d’établir précisément le profil génétique et moléculaire de chacune. Cela permettra d’avoir une bien meilleure vision de l’hétérogénéité d’une tumeur. Pour les chercheurs, c’est un véritable changement conceptuel !

 

Concrètement, comment allez-vous faire ?

C. V. : Nous sommes capables techniquement d’isoler des cellules dans un échantillon, puis de les analyser pour déterminer, par exemple, la séquence complète de l’ADN de chacune, et donc ses mutations génétiques particulières ou son ARN (molécule de transmission de l’information génétique).

L. P. : Cela permet d’obtenir beaucoup d’informations, sans critère préalable, et de les partager ensuite entre chercheurs pour les analyser, chacun à notre façon. Ces analyses sur « cellule unique » seront utiles pour prédire, par exemple, la réponse à un traitement donné, ou suivre l’évolution de la maladie et anticiper l’apparition de résistances, en analysant entre autres les cellules tumorales circulantes* (voir JIC # 113).

 

L’Institut Curie est en train de mettre sur pied la première plateforme française d’analyse sur cellules uniques dédiée au cancer, pouvez-vous nous en dire plus ?

L. P. : Actuellement, chaque type d’analyse sur cellule unique est destructrice : si l’on séquence
l’ADN, on ne peut plus ensuite  analyser l’ARN. Notre objectif est de développer des techniques permettant de réaliser des analyses combinées et de localiser chaque cellule, c’est-à-dire de savoir
où elle était dans la tumeur lors du prélèvement. Pour cela, nous travaillons sur une sorte d’étiquetage individuel de chaque cellule pour assurer sa traçabilité. Cela représentera un formidable gain de temps, mais aussi d’argent, pour les équipes de recherche !

 

*Cellules tumorales circulantes : cellules cancéreuses détachées de la tumeur principale et que l’on peut recueillir et isoler lors d’une simple prise de sang.