Portrait - Dr Alexandre Matet, ophtalmologue à l’Institut Curie

Nathalie Boissière
03/02/2020
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Ophtalmologue à l’Institut Curie dans le service du Pr Nathalie Cassoux, le Dr Matet assure des consultations de diagnostic et suivi, et des interventions chirurgicales de patients atteints de tumeurs de l’œil, et consacre également une partie de son temps à la recherche et à l’enseignement.
Alexandre Matet

En tant qu’assistant hospitalo-universitaire à l’Ensemble hospitalier de l’Institut Curie, vous assurez une mission de recherche et d’enseignement et une mission de soins. Le modèle Curie – le continuum recherche-soins – est donc votre quotidien…

En effet, j’ai rejoint le service d’ophtalmologie de l’institut en 2017 car tant la recherche que la clinique y sont pratiquées à très haut niveau et en pleine synergie. L’institut est un centre emblématique, centre national de référence pour le rétinoblastome, et coordonnateur du réseau national pour le mélanome uvéal… Et j’y ai découvert une équipe très dynamique et très humaine. J’ai d’abord fait des études de sciences, rue d’Ulm à l’Ecole normale supérieure (ENS) puis mes études de médecine. Ces doubles cursus sont de plus en plus courants, surtout à Curie ! Continuer la recherche et la clinique sans oublier l’enseignement, c’est ce que j’ambitionne. Les trois missions de l’Institut Curie !

Revenons d’abord sur votre pratique médicale

Avant Curie, je me suis formé à l’ophtalmologie « générale », à la chirurgie de la cataracte, puis aux maladies touchant spécifiquement la rétine. C’est un plus aujourd’hui pour mieux comprendre les ophtalmologues qui nous adressent des patients, qui nous demandent un avis… Tout comme le Pr Nathalie Cassoux ou les Drs Christine Lévy et Livia Lumbroso, je reçois des enfants atteints de cancer de la rétine (rétinoblastome) ou des adultes présentant un mélanome de l’uvée. Et également des patients ayant un cancer de la surface de l’œil (conjonctive) ou de la paupière. La chirurgie, l’irradiation sont nos traitements locaux essentiels, ainsi que certaines chimiothérapies oculaires ou générales. Ces patients ont également parfois besoin de gestes chirurgicaux suite à un décollement de rétine, une cataracte… Ces gestes « courants » sont alors délicats du fait de la présence d’une tumeur ou de l’antécédent. Nous faisons le maximum pour conserver l’œil et surtout la vue. D’ailleurs ma recherche suit cet objectif !

En effet, vous cherchez à mieux connaître les effets de l’irradiation sur la rétine saine. Parlez-nous de ce programme.

Avec Frédéric Pouzoulet et l’équipe de la Plateforme de radiothérapie expérimentale (RadExp), nouvellement installés dans le bâtiment tout neuf de l’Institut Curie à Orsay, nous irradions des modèles expérimentaux oculaires pour tenter de mieux comprendre les voies de signalisation cellulaire mises en jeu par les rayons. On sait que l’irradiation abime les vaisseaux de la rétine et on trouve des similitudes avec d’autres pathologies comme le diabète, dans lesquelles la vue se dégrade. Les échantillons sont ensuite analysés par l’équipe Inserm « De la physiopathologie des maladies rétiniennes aux développements cliniques » dirigée par la Pre Francine Behar-Cohen (Centre des Cordeliers/Université de Paris). Spécialistes de l’analyse biologique, ces chercheurs étudient les processus pathologiques provoqués par cette irradiation dans les cellules de la rétine. Avec ce programme Rad-Ret, soutenu par le financement Émergence 2019 du Cancéropôle Île-de-France, nous cherchons une voie de signalisation qui nous permettrait avec un médicament de freiner la dégradation visuelle. Cela permettrait de proposer un traitement préventif qui protègerait la vue en cas de radiothérapie.

Vous avez 38 ans et une longue carrière devant vous. Qu’espérez vous dans les années à venir ?

Poursuivre ces recherches afin que les patients atteints de cancers ophtalmologiques puissent conserver leur vision. Et, dans le cas du rétinoblastome surtout, du fait qu’il soit rare, faire en sorte que les études se multiplient. Pour ces très jeunes patients, la tumeur est souvent agressive, les traitements complexes à mettre en œuvre, leur participation à une étude clinique n’est pas toujours aisée. A l’Institut Curie, la valeur ajoutée des différentes spécialités est une force : ophtalmologie, chirurgie, anatomopathologie, onco-pédiatrie, oncologie médicale, radiothérapie, radiologie, génétique… Couplée à la recherche, cette convergence de talents devrait nous permettre de faire de grands progrès.

 

Les trois dates clés

-2017 arrivée à l’Institut Curie

-2019 lancement du projet de recherche Rad-Ret

-2020 : séjour à l’hôpital d’onco-pédiatrie Garrahan à Buenos Aires (Argentine)

Pour aller plus loin