Actualité - Sarcomes

Sarcomes : une année riche en avancées

Céline Giustranti
09/08/2016
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Tous les ans, le Groupe sarcome français se réunit pour faire le point sur cette pathologie qui touche chaque année 4000 personnes, enfants et adultes, en France. Cette année, les avancées étaient nombreuses pour ce cancer qui recouvre en réalité plusieurs maladies différentes.
Interview Sylvie Bonvalot - Sarcomes

Le Dr Sylvie Bonvalot est spécialisée dans la chirurgie très spécifique des sarcomes des tissus mous, depuis plus de 20 ans. Avec plus de 50 sous-types, ces sarcomes se développent dans les tissus qui soutiennent et relient les différentes structures du corps ou constituent la paroi des organes. Ils peuvent donc survenir n’importe où dans l’organisme.

 

La chirurgie, pilier de la prise en charge des sarcomes des tissus mous

"Parmi les données marquantes de 2015-2016 figure une étude sur 10 000 patients atteints de sarcome du rétropéritoine (au niveau de l’abdomen), annonce le Dr Sylvie Bonvalot. Les patients ayant eu une radiothérapie préalable à l’acte chirurgical semblent avoir une meilleure survie (1)." Toutefois, comme le précise l’éditorial accompagnant cette publication, seul le résultat de l’étude randomisée STRASS, coordonnée par Sylvie Bonvalot, donnera le feu vert à de nouvelles recommandations dans la prise en charge de ce type de sarcome. A ce jour, 233 patients ont été inclus dans cet essai auquel participent les pays européens, les Etats-Unis et le Canada et dont la fin est prévue en 2017.

Autre nouveauté : grâce au travail collectif du réseau européen et américain des chirurgiens des sarcomes, des nomogrammes (2,3) pour évaluer les risques propres à chaque patient, par localisation et sous-type de sarcome, ont été mis au point. Les traitements complémentaires et le rythme de la surveillance peuvent ainsi être adaptés. Une application téléchargeable (Sarculator) basée sur ces résultats a par ailleurs été développée pour aider la pratique quotidienne.

"Au niveau européen, nous avons enfin standardisé les données anatomopathologiques d’appréciation de la réponse au traitement néoadjuvant (4), qu’il s’agisse d’une chimiothérapie ou d’une radiothérapie administrée avant la chirurgie, poursuit la chirurgienne. Grâce à cette appréciation de l’efficacité des traitements plus objective et le recours au même langage dans des pays différents, il sera ainsi plus facile d’évaluer ce qui est positif pour les patients."

Si la chirurgie est le traitement de référence des sarcomes des tissus mous, il est toutefois essentiel que celle-ci soit pratiquée dans un centre expert comme l’Institut Curie. Une étude (5) des chirurgiens américains et européens spécialisés dans les sarcomes abdominaux a montré que lorsque la chirurgie seule est pratiquée dans des centres experts, la survie à 5 ans est améliorée de 20 % par rapport aux résultats obtenus dans des services non spécialisés. En conséquence, la Société européenne d’oncologue médicale recommande d’être opéré par un chirurgien très expérimenté dans ce domaine.

"Dans le même sens, Netsarc, le réseau français des sarcomes des tissus mous et des viscères labellisé par l'INCa, montre une diminution des rechutes lorsque la chirurgie est pratiquée dans un des centres experts du réseau, comme l’Institut Curie, par rapport aux centres hors réseau, ajoute le Dr Sophie Piperno-Neumann, oncologue médicale, spécialisée dans la prise en charge des sarcomes osseux et des tissus mous. Ce réseau créé en 2010 participe à l’amélioration de la prise en charge des patients atteints de sarcomes. Preuve de son dynamisme, la base de données de Netsarc regroupe sur la période 2010-2014 plus de 13 500 patients, soit 80 % des nouveaux patients français diagnostiqués sur la même période."

Diplôme universitaire sarcomes

La formation est donc essentielle. "Dès 2017, l’Institut Curie va proposer à l’ensemble des médecins français un Diplôme universitaire consacré aux sarcomes dans tous ses aspects de diagnostic et de prise en charge, avec notamment une formation à cette chirurgie très spécifique. Il complètera le grand rendez-vous qui existe maintenant depuis 6 ans, E-surge, dédié à la formation des chirurgiens européens et qui se déroulera à l’Institut Curie en novembre 2016", conclut le Dr Sylvie Bonvalot.

 

A suivre Sarcomes : des molécules prometteuses

En savoir plus

(1) Preoperative or postoperative radiotherapy versus surgery alone for retroperitoneal sarcoma: a case-control, propensity score-matched analysis of a nationwide clinical oncology database.
Nussbaum DP, et al.Lancet Oncol. 2016 May 17. doi: 10.1016/S1470-2045(16)30050-X.

(2) Development and external validation of two nomograms to predict overall survival and occurrence of distant metastases in adults after surgical resection of localised soft-tissue sarcomas of the extremities: a retrospective analysis.
Callegaro D, et al.
Lancet Oncol. 2016 May;17(5):671-80. doi: 10.1016/S1470-2045(16)00010-3.

(3) External Validation of a Multi-Institutional Retroperitoneal Sarcoma Nomogram
Chandrajit P. Raut, et al
Cancer May 1, 2016

(4) Evaluation of response after neoadjuvant treatment in soft tissue sarcomas; the European Organization for Research and Treatment of Cancer-Soft Tissue and Bone Sarcoma Group (EORTC-STBSG) recommendations for pathological examination and reporting.
Wardelmann E, et al.
Eur J Cancer. 2016 Jan;53:84-95. doi: 10.1016/j.ejca.2015.09.021.

(5) Variability in Patterns of Recurrence After Resection of Primary Retroperitoneal Sarcoma (RPS) A Report on 1007 Patients From the Multi-institutional Collaborative RPS Working Group
Gronchi A, et al.
Annals ofSurgery, May 2016

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