Marie-Uriel Chantraine

Marie-Uriel Chantraine

Entretien avec Marie Dutreix

Julia Vollerin
05/06/2019
Partager
Les Dbait, une réponse de choix à la radiorésistance des cancers ? Alors que les essais cliniques sur ces radiosensibilisants se poursuivent, Marie Dutreix fait le point sur cette innovation.

Les Dbait ont été développés dans votre laboratoire, pouvez-vous nous raconter l’histoire de cette découverte ?

Tout a commencé en 2000, quand le professeur Daniel Louvard, ancien directeur du centre de recherche de l’Institut Curie a commencé les PIC (programmes incitatifs et collaboratifs), faits pour stimuler la collaboration entre médecins et chercheurs sur des sujets à risque. Je me suis alors associée au professeur Jean-Marc Cosset, directeur du département de radiothérapie de l’époque, pour réfléchir à un projet que l’on pourrait proposer dans le cadre de ces programmes. Nous nous sommes intéressés à la résistance à la radiothérapie, c’est-à-dire aux mécanismes par lesquels certaines tumeurs ne sont pas du tout affectées par la radiothérapie. Ces mécanismes de résistance dépendent essentiellement de l’activation des voies de réparation de l’ADN. Pour contrer cette résistance nous avons donc imaginé le développement d’inhibiteurs de la réparation.

Il faut savoir qu’à l’époque nous n’étions pas les seuls à s’être penchés sur les inhibiteurs de la réparation. Les grands labos pharmaceutiques commençaient aussi à en identifier. Les inhibiteurs de PARP, utilisés aujourd’hui en clinique, sont de cette génération. Puisque ces molécules ne marchent que sur un nombre restreint de patients, nous avons décidé de développer une technique complètement différente, exploitant une autre voie de réparation. Ayant par le passé travaillé avec des petites molécules d’ADN, j’ai eu l’idée de m’en servir comme inhibiteur de réparation qui perturberait la reconnaissance de la localisation des dommages.

Quelles sont vos activités de recherche aujourd’hui ?

J’essaie de comprendre les propriétés de ces molécules et leurs mécanismes d’action. Mais avec mon équipe, on cherche également s’il existe des marqueurs que nous permettrait d’identifier les patients à qui les Dbait bénéficieraient le plus. En bref, les activités qui accompagnent le développement d’une molécule thérapeutique de nos jours : trouver les meilleurs protocoles et identifier les malades étant les plus sujets à bénéficier de ces molécules. Un meilleur diagnostic des patients est nécessaire pour leur proposer le traitement le plus adapté.

Radiothérapie : quels enjeux pour demain ?

Je vois deux enjeux majeurs.

Premièrement, il est encore difficile de traiter par radiothérapies certaines indications, proches d’organes à risque (poumon, cerveau, foie…). Pour y remédier, nous avons besoin d’une meilleure maitrise des faisceaux et d’une meilleure prévention des effets secondaires sur les tissus sains environnants. Il nous faut donc une radiothérapie moins agressive pour les tissus et organes avoisinants. C’est ce qu’on travaille avec le FLASH, que l’on peut encore vraiment développer.

Deuxièmement, nous devons parvenir à identifier les malades étant plus sensibles aux radiations que la population globale et pour qui les traitements pourraient être plus adaptés. Nous pourrions ainsi leur proposer des protocoles alternatifs.

La recherche en radiobiologie mérite toute notre attention. Après les découvertes de Marie Curie, les physiciens ont concentré leurs efforts sur la physique des radiations. Mais il reste encore beaucoup à faire au niveau de la biologie, dont les recherches se sont essentiellement concentrées sur la pollution, les accidents, c’est à dire les expositions à faible doses mais continues. Les efforts doivent se concentrer aujourd’hui sur l’utilisation des radiations à but thérapeutique.

Défis radiothérapie

Crédit photo : Uriel Chantraine / Institut Curie