Actualité - Cancers du sein

Cancers du sein triple négatif : vers une désescalade thérapeutique

Anne Coppola
08/10/2019
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Alors que ces cancers sont difficiles à traiter, une nouvelle piste pourrait ouvrir la voie à une meilleure compréhension d’une immunité protectrice.
Cancer du sein : diagnostic

Les cancers du sein dits triple négatif, sont caractérisés par l'absence de récepteurs hormonaux (progestérone et œstrogène), et de protéine HER2. Raison pour laquelle ils ne sont pas éligibles aux traitements innovants ciblant ces trois protéines. 15% des patientes ont un cancer du sein triple-négatif et pour l’heure, les chimiothérapies classiques s'avèrent inefficaces chez environ la moitié des patientes.

Des travaux prometteurs, présentés lors du congrès ESMO 2019, viennent d’être publiés dans la revue Annals of oncology. Cette étude internationale et rétrospective a été menée sous la direction de Fabrice André (Gustave Roussy) et a impliqué une cohorte de 476 patientes non traitées par chimiothérapie et issue de quatre centres de lutte contre le cancer, en France, en Italie et en Corée*.

L’objectif de ces travaux était d’évaluer le pourcentage de lymphocytes présents dans l’environnement tumoral (TILs pour Tumor-Infiltrating Lymphocytes) chez des patientes atteintes d’un cancer triple-négatif n’ayant pas reçu de chimiothérapie après la chirurgie. En effet, si l’on sait qu’ils jouent un rôle de marqueur pronostic (plus leur taux est élevé au moment du diagnostic, meilleure est la survie des patientes après chimiothérapie adjuvante), il n’existe cependant que peu de données sur leur valeur pronostique en l’absence de chimiothérapie adjuvante.

Alors qu’aujourd’hui, la chimiothérapie est systématique pour ces femmes atteintes d’un cancer du sein triple-négatif, les résultats de cette étude sont très prometteurs, s’enthousiasment les Drs Guillaume Bataillon, pathologiste et Anne Vincent Salomon, pathologiste, à la tête du département de Médecine Diagnostique et Théranostique à l’Institut Curie.

Nous avons identifié, parmi les cancers triple-négatif du sein, des femmes qui sont associées à un très bon pronostic en raison de la présence de plus de 30% de lymphocytes dans leur stroma tumoral alors qu’elles n’ont pas été traitées par chimiothérapie après la chirurgie.

Les chercheurs vont poursuivre leurs travaux pour mieux comprendre la nature exacte de ces lymphocytes ainsi que l’immunité associée à un bon pronostic.

Avec Fatima Mechta-Grigoriou, nous allons notamment pouvoir étudier la nature des fibroblastes de ces tumeurs associées à cette immunité protectrice alors qu’elles sont triple-négatives et surtout, à plus long terme, cela ouvre la voie pour un éventuel essai clinique de désescalade de traitement pour ces tumeurs 

poursuit Anne Vincent-Salomon

*Gustave Roussy (Villejuif, France), Institut Curie (Paris, France), Instituto Europeo di Oncologia (Milan, Italie), Asian Medical Center (Seoul, Corée du Sud).

Sources de la publication