Actualité - ESMO

L'Institut Curie présent au Congrès de l'ESMO à Barcelone

Alizée Lacroix
26/09/2019
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Du 27 septembre au 1er octobre prochain, le congrès annuel de l’European Society for Medical Oncology (ESMO) rassemblera les spécialistes de la cancérologie du monde entier à Barcelone en Espagne. L’Institut Curie sera au rendez-vous avec une cinquantaine de médecins-chercheurs présents.
ESMO 2019
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Comme chaque année, le congrès de l'ESMO est l'occasion pour les oncologues du monde entier, de faire le point sur les découvertes majeures en cours. Pour l'édition 2019, les médecins-chercheurs de l'Institut Curie présenteront des avancées majeures dans la prise en charge et la recherche sur les cancers du pancréas, du poumon, du sein et dans les sarcomes.

Cancer du poumon : tirer le meilleur parti des traitements ciblés

Nicolas Girard

Le Pr Nicolas Girard, oncologue pneumologue à l’Institut Curie, présentera ses travaux sur les choix thérapeutiques dans la prise en charge de certains cancers du poumon.

Le Congrès consacrera cette année une importante session au cancer du poumon. Le Pr Nicolas Girard y présentera ses récents travaux sur le cancer du poumon avec mutation de l’EGFR, qui représente 10 à 15 % des patients et touche particulièrement les femmes, les jeunes et les non-fumeurs. Cette altération du gène EGFR, un récepteur de facteur de croissance qui accroît leur agressivité, peut aussi être la cible de traitements spécifiques.

Mais comme les bactéries développent des résistances aux antibiotiques, les cellules cancéreuses peuvent aussi résister à ces traitements ciblés. Et de nouvelles molécules ont vu le jour dans cette classe de médicaments. Nous avons donc voulu savoir comment les utiliser au mieux en analysant les séquences thérapeutiques pour savoir quel traitement choisir et à quel moment de la prise en charge 

explique le Pr Girard.

Or, les résultats d’essais cliniques qui mesurent l’efficacité des traitements ne donnent que des informations de court terme.

Le Pr Girard et ses collègues ont donc interrogé les bases de données dites « en vie réelle », issues des systèmes d’informations hospitaliers et médicaux.

A partir de ces informations, nous avons pu montrer qu’en prescrivant différentes molécules, d’abord de première génération, puis plus récentes, on pouvait être plus efficace et retarder le moment où une chimiothérapie, plus lourde que ces traitements oraux, devenait nécessaire 

précise le spécialiste.

Ces travaux répondent donc de manière concrète à une question stratégique que se posent de nombreux oncologues dans la prise en charge de leurs patients.

Poster présenté le samedi 28 septembre 2019 à 13h

Effectiveness of sequencing TKIs in patients with EGFR mutation-positive Non-small-Cell Lung Cancer (NSCLC): A French National medico administrative claim database analysis

Une nouvelle combinaison thérapeutique dans le cancer du pancréas

Cindy Neuzillet

Le Dr Cindy Neuzillet, oncologue et responsable du parcours digestif, présentera un nouveau protocole de traitement combinant chimiothérapie, immunothérapie et vaccin thérapeutique.

Le cancer du pancréas est un cancer digestif de plus en plus fréquent et l’un des plus redoutés. Dans la décennie qui vient, il pourrait devenir la deuxième cause de mortalité par cancer juste après le cancer du poumon.

En effet, ce cancer est très difficile à soigner.

Les options thérapeutiques sont peu nombreuses et peu efficaces. Les dernières innovations thérapeutiques comme les thérapies ciblées ou l’immunothérapie n’apportent pas de bénéfice de survie 

explique le Dr Cindy Neuzillet, responsable du parcours digestif à l’Institut Curie de Saint-Cloud, qui présentera à l’ESMO un nouveau protocole de traitement combinant chimiothérapie, immunothérapie (agent stimulant le système immunitaire) et vaccin thérapeutique (chargé d’éduquer les cellules immunitaires à reconnaître la tumeur).

L’objectif de cet essai est de retarder la progression de la maladie tout en maintenant une qualité de vie acceptable pour les patients. L’essai clinique est réalisé chez des patients dont la maladie est contrôlée par la chimiothérapie de référence, appelée FOLFIRINOX (une combinaison de 3 chimiothérapies). Une fois les cures de chimiothérapie terminées, ces patients sont divisés en 3 groupes : certains continuent à recevoir une chimiothérapie allégée (FOLFIRI), d’autres reçoivent un vaccin thérapeutique (Tedopi) tandis qu’un dernier groupe est traité par une immunothérapie (nivolumab) associée au vaccin thérapeutique.

Nous pensons qu’administrer l’immunothérapie au moment où la maladie est contrôlée par la chimiothérapie sera plus efficace que la proposer à des patients en échec thérapeutique comme cela est fait actuellement 

précise la spécialiste, qui ajoute que la chimiothérapie sera à nouveau réintroduite dans le protocole de soins en cas de reprise évolutive de la maladie.

Tout au long de l’essai, des biopsies et des prises de sang seront réalisées afin de suivre l’évolution du cancer, notamment pour explorer l’hétérogénéité des tumeurs et rechercher des biomarqueurs associés à l’efficacité ou la résistance au traitement. En effet, les cellules tumorales et leur environnement peuvent être modifiés par les traitements successifs. Ce suivi est l’une des particularités de cet essai clinique.

Ce protocole thérapeutique est testé dans 28 structures hospitalières (centres Unicancer et hôpitaux publics/privés) partout en France. Labellisé essai PRODIGE, il est une priorité pour la communauté des oncologues digestifs.

Poster présenté le samedi 28 septembre 2019 à 13h

A randomized phase II study of Maintenance therapy with multiepitope vaccine Tedopi (OSE2101) ± nivolumab or FOLFIRI after induction chemotherapy (CT) with FOLFIRINOX in patients (Pts) with advanced Pancreatic ductal adenocarcinoma (aPDAC) (TEDOPaM – PRODIGE 63 GERCOR study)

Cancer du sein « HER2 équivoque » : quand l’analyse génétique aide à la décision thérapeutique

Edith Borcoman

Le Dr Edith Borcoman, oncologue à l’Institut Curie, partagera avec la communauté scientifique des résultats intéressants pour aider au diagnostic des cancers du sein et prescrire le traitement adapté.

On estime que 15 % des cancers du sein sont dits HER2+, des formes généralement plus agressives de tumeurs mammaires[1]. Le traitement standard repose dans la majorité des cas sur la prescription, au stade précoce, de thérapies ciblées anti-HER2 (comme le trastuzumab) associées à une chimiothérapie. Les traitements anti-HER2 ont permis d’améliorer considérablement le pronostic des patientes concernées, même au stade métastatique.

La recherche du statut HER2 est aujourd'hui systématique chez les femmes atteintes d'un cancer du sein. Elle se fait via l’analyse histologique d’un prélèvement de tumeur par les médecins anatomopathologistes.

Le problème, ce sont les cas dits « HER2 équivoques », où l’évaluation de l’expression de la protéine HER2 à la surface des cellules tumorales et de l’amplification du gène HER2 conclue à un seuil intermédiaire entre les seuils de positivité et de négativité, ne permettant pas de trancher clairement sur le statut HER2 

explique le Dr Edith Borcoman.

Ces cas sont minoritaires et doivent être ré-analysés par les anatomopathologistes, mais posent vraiment un problème de décision thérapeutique.

A l’Institut Curie, les patientes bénéficient d’une autre technique basée sur l’analyse génétique de la tumeur, appelée CGH-array. Elle permet d’analyser précisément le chromosome 17 sur lequel se situe le gène HER2, pour vérifier si oui ou non c’est bien le gène HER2 lui-même qui est amplifié (augmentation du nombre de copies) permettant ainsi de classer les cas « HER2 équivoques » en positif ou en négatif.

En analysant une cohorte de patientes suivies à l’Institut Curie depuis 2008, le Dr Edith Borcoman et ses collègues, ont constaté que parmi les cas identifiés comme « HER2 équivoques », seule une minorité (environ 12 %) est réellement de statut HER2+ après analyse en CGH-array.

Cette technique, qui n’est réalisée que dans des centres experts, pourrait donc aider à mieux caractériser ces cas complexes « HER2 équivoques », afin de proposer aux patientes le traitement le mieux adapté.

Lors du congrès de l’ESMO, le Dr Edith Borcoman présentera à la communauté scientifique ces résultats, fruit d’une collaboration étroite entre médecins oncologues, anatomopathologistes et généticiens à l’Institut Curie.

[1] L’oncogène HER2 favorise la prolifération et la croissance des cellules tumorales, et l’amplification de ce gène dans les cellules tumorales entraîne la surexpression de la protéine HER2 à la surface des cellules tumorales, on dit alors que ces cellules « surexpriment » HER2.

Poster présenté le dimanche 29 septembre 2019 à 13h

PAM50 and CGH-array genomic characterization of HER2-Equivocal Breast Cancers defined by the 2018 ASCO/CAP recommendations

Cancer du sein : premiers résultats de l’essai COMPLEEMENT-1

Paul Cottu

Le Dr Paul Cottu, spécialiste du cancer du sein à l’Institut Curie, partagera les premières conclusions d’une étude réalisée sur des patientes atteintes d’un cancer du sein (HR+, HER2-) avec des métastases cérébrales.

COMPLEEMENT-1 est une étude multi-centrique de phase 3b qui évalue la tolérance et l’efficacité du ribociclib en association avec le létrozole. Il s’agit d’une vaste étude internationale menée sur plus de 3000 femmes pré-ménopausées et ménopausées et hommes, atteint(e)s d’un cancer du sein hormono-sensible à un stade avancé.

L’étude que présentera le Dr Paul Cottu à l’ESMO porte sur un sous ensemble d’une cinquantaine de patientes atteintes d’un cancer du sein hormono-sensible avec des métastases cérébrales, une situation qui bien que peu fréquente est parfois observée. Son objectif : étudier l’effet du traitement désormais classique, associant l’hormothérapie (létrozole) à une thérapie ciblée (ribociclib).

Contrairement à ce que l’on pourrait attendre, il n’y a pas de toxicité particulière de cette association maintenant entrée dans la pratique clinique, dans ce sous-groupe de patientes avec des métastases cérébrales comparativement aux patientes qui n’en n’ont pas. Par ailleurs, la survie apparente de ces malades ne semble pas très différente, ce qui signifie que la présence de métastases cérébrales n’est pas un facteur de très mauvais pronostic à court terme et permet de traiter ces patientes de manière moderne sans indice de perte de chance

conclut le Dr Paul Cottu

Poster présenté le 29 septembre à 14h

Ribociclib (RIB) + letrozole (LET) in patients (pts) with hormone receptor-positive (HR+), human epidermal growth factor receptor-2–negative (HER2–) advanced breast cancer (ABC) and central nervous system (CNS) metastases: Subgroup analysis from the phase 3b CompLEEment-1 trial

Hiérarchiser les anomalies moléculaires pour un traitement plus adapté

Maud Kamal

L’arrivée des thérapies ciblées a bouleversé la prise en charge des cancers. Ces traitements n’attaquent pas les cellules à l’aveugle : ils ciblent les cellules porteuses d’une anomalie moléculaire particulière. C’est par exemple le cas du cancer du sein avec une mutation HER2 pour lequel les oncologues utilisent l’Herceptin. Mais que faire lorsque cette mutation HER2 est retrouvée dans une tumeur du poumon ou du foie ? Le médecin doit-il utiliser le même médicament que celui prescrit chez les malades du cancer du sein ? Dans ce contexte, l’ESMO a proposé une échelle, baptisée ESCAT, permettant de hiérarchiser les anomalies en fonction des résultats d’essais cliniques selon le type de cancer pour sélectionner le traitement le plus adapté aux patients.

L’essai SHIVA01 dirigé par le Pr. Christophe Le Tourneau (chef du département d’essais précoces de l’Institut Curie) 2012 est le premier essai de médecine de précision en cancérologie visant à démontrer l’intérêt de la thérapie ciblée basé sur le profil moléculaire de la tumeur indépendamment de sa localisation. Lorsqu’une mutation pour laquelle il existe une thérapie ciblée était identifiée, les patients recevaient soit la thérapie ciblée soit le traitement standard. « Nous n’avons pas pu démontrer que donner une thérapie ciblée était plus efficace que le traitement de référence », explique Maud Kamal, manager du programme PMS Essais précoces et médecine de précision.

Ces résultats peuvent être expliqués par la hiérarchisation des anomalies prises en compte dans l’essai SHIVA01.

Les cellules cancéreuses possèdent de nombreuses altérations. Certaines peuvent être la cible d’un médicament, tandis que d’autres peuvent provoquer une résistance à ce même traitement. Pour choisir le médicament le plus efficace, il faut identifier les anomalies les plus pertinentes. Hiérarchiser les anomalies est donc indispensable

décrit Maud Kamal

Le Dr. Aurélie Moreira encadrée par le Pr. Christophe Le Tourneau et Maud Kamal a réanalysé les résultats de l’essai SHIVA01 à la lumière de cette échelle ESCAT. « Et les résultats montrent que la majorité des altérations identifiées susceptibles de bénéficier d’une thérapie ciblée n’avaient pas assez de preuves cliniques » explique Maud Kamal. Un travail qui a retenu l’attention de l’ESMO puisqu’il a été sélectionné pour le Merit Award, un prix de valorisation des jeunes chercheurs. Ces résultats seront, par ailleurs, publiés dans le European Journal of Cancer.

Poster présenté le 29 septembre à 12h

Reanalysis of the efficacy of molecular targeted agents (MTAs) given in the randomized trial SHIVA01 according to the ESMO ESCAT scale of actionability.

Individualiser la prise en charge des sarcomes

Olivier Delattre

Le Dr Olivier Delattre, oncopédiatre et directeur de recherche, présentera un état de lieux de la recherche sur ces tumeurs rares de l’enfant et de l’adulte.

Les sarcomes sont des tumeurs rares de l’enfant et de l’adulte. Entre 4 000 et 5 000 personnes sont touchées chaque année en France. Ce cancer forme généralement une « masse » sous la peau à partir du tissu graisseux, des muscles ou encore des ligaments (on parle de « sarcomes du tissus mous ») ou apparaît sur les os ou les cartilages (sarcomes osseux).

Les sarcomes sont des tumeurs malignes très hétérogènes. On estime aujourd’hui qu’il existe entre 100 et 200 types de sarcomes différents. Cette hétérogénéité exige une hétérogénéité des traitements, autrement dit une individualisation de la prise en charge 

explique le Dr Olivier Delattre, oncopédiatre et directeur de l’unité « Génétique et biologie des cancers » Inserm/Institut Curie, qui présentera une session sur l’importance de la recherche fondamentale pour améliorer la prise en charge des sarcomes.

Avec son équipe, le Dr Delattre analyse le séquençage génétique de milliers de tumeurs prélevées chez des patients suivis à l’Institut Curie, un centre expert à l’échelle mondiale pour le traitement de ce cancer. Grâce à cette analyse, les chercheurs tentent de caractériser de nouvelles familles de sarcomes, classifier les différents types, identifier des anomalies moléculaires pouvant être des cibles thérapeutiques, mais aussi développer de nouvelles thérapies. Aujourd’hui, la majorité de ces cancers sont traités par les traitements usuels de la cancérologie (chirurgie, chimiothérapie et radiothérapie). Néanmoins, des thérapies ciblées sont d’ores et déjà disponibles pour certains sarcomes. Mais les progrès thérapeutiques restent discrets.

L’objectif des travaux de l’équipe du Dr Delattre est de définir de nouveaux outils diagnostiques, et conduire des essais thérapeutiques. Mais ces travaux exigent du temps.

Les sarcomes dans leur globalité sont des cancers rares, ce qui signifie que chaque type de sarcome est une pathologie extrêmement rare. Or pour réaliser des analyses génétiques, voire mener des essais cliniques, il faut pouvoir étudier un grand nombre de patients.

Présentation le lundi 30 septembre 2019 à 17h05

Precision medicine for sarcoma: Are we there yet?  Insights from basic research

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Dr Sylvie Bonvalot
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Les sarcomes sont une grande famille hétérogène de tumeurs rares et complexes. Ils touchent des hommes et des femmes de…

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