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Auriculothérapie en cancérologie

Nathalie Boissière
27/06/2016
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L’auriculothérapie est une thérapie complémentaire, reconnue par l’OMS, pour la prise en charge de certains effets secondaires aux traitements anticancéreux. Pour mieux connaître cette prise en charge, rencontre avec le Dr Claude Boiron, formée à cette discipline.
Dr Claude Boiron

Dr Claude Boiron, oncologue médicale, responsable de l'Hôpital de jour de Soins de support de l'Hôpital René Huguenin de l'Institut Curie.

Vous êtes médecin au Département interdisciplinaire de soins support en oncologie (Disspo) de l’Institut Curie et vous pratiquez l’auriculothérapie. En quoi consiste cette thérapie en cancérologie ?

Dr Claude Boiron : L’auriculothérapie est une thérapeutique "réflexe", c’est-à-dire une réflexothérapie qui utilise le pavillon de l’oreille. Par la stimulation de différentes zones du pavillon de l’oreille, soit par piqûre, soit par un autre type de stimulation (électrostimulation, massage, champ magnétique, laser…), elle permet de traiter différentes affections. Elle est souvent présentée comme un microsystème de l’acupuncture mais elle repose sur un corpus théorique très différent. C’est une pratique thérapeutique dite non conventionnelle, qui est particulièrement indiquée contre les bouffées de chaleur, les douleurs ostéo-articulaires, le sevrage tabagique, la compulsion alimentaire ou les troubles du sommeil…

A l’Institut Curie, il existe une consultation d’auriculothérapie dans le cadre de soins de support. Quels patients en bénéficient ?

Dr Claude Boiron : Cette consultation existe depuis 2012, à l’Hôpital René-Huguenin de l’Institut Curie (Saint-Cloud, Hauts-de-Seine). C’est en réalité une consultation de soins de support à visée curative, au cours de laquelle je peux proposer une auriculothérapie. Les patients sont majoritairement adressés par leurs oncologues mais, de plus en plus fréquemment, ils viennent d’eux-mêmes, ayant été informés par d’autres patients ou par la Maison des patients et des proches de l’Institut Curie. De par l’activité à l’Institut Curie, ce sont souvent des femmes, qui ressentent les effets secondaires de l’hormonothérapie après cancer du sein. L’indication principale est la prise en charge des bouffées de chaleur sous hormonothérapie, suivie par les douleurs ostéo-articulaires sous hormonothérapie puis par les douleurs neuropathiques post-mammectomie. En 2015, nous comptabilisons 259 consultations d’auriculothérapie pour 198 patientes, dont 120 pour la première fois.

Quelle évaluation les patientes et vous-même faites-vous de l’auriculothérapie en cancérologie ?

Dr Claude Boiron : Cette thérapie non médicamenteuse est fortement plébiscitée par les patientes qui, après un traitement de cancer, sont très souvent à la recherche d’une prise en charge non médicamenteuse. Une séance dure 3 minutes et l’on sait en 24 à 48 heures si c’est efficace. Si les symptômes reviennent, une nouvelle séance peut être reconduite, et toujours sans effets secondaires. C’est une prise en charge peu onéreuse puisqu’elle ne nécessite que de petites aiguilles au coût incomparable par rapport à certains médicaments. Elle participe activement à la désescalade médicamenteuse.

Une étude clinique multicentrique est en cours avec l’Hôpital Foch (Suresnes, Hauts-de-Seine) pour évaluer scientifiquement les effets sur les patients dans nos établissements.

Copyright : Christophe Hargoues / Institut Curie