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Cancer du sein : une alternative aux chimiothérapies chez les femmes ménopausées

Céline Giustranti
11/07/2016
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Limiter le recours à la chimiothérapie, tout en garantissant une prise en charge optimale, est sans conteste une solution à encourager. En ce sens, les spécialistes de l’Institut viennent de montrer l’efficacité d’un traitement basé uniquement sur l’hormonothérapie.
Oncogénétique

Chez les femmes atteintes de cancer du sein, les traitements néo-adjuvants, c’est-à-dire administrés avant la chirurgie, visent à accroître le nombre de patientes qui bénéficieront d’une chirurgie conservatrice. Il s’agit le plus souvent de chimiothérapies, voire aujourd’hui de thérapies ciblées qui, en réduisant la taille de la tumeur, rendent possible une tumorectomie alors que, sans cela, l’ablation du sein aurait été envisagée.

Jusqu’à récemment, les traitements néo-adjuvants à base d’hormonothérapie étaient réservés aux femmes âgées et à la santé fragile. Or, ces traitements entraînent moins d’effets secondaires que les chimiothérapies. Et plus de 2 patientes sur 3 développent des cancers du sein dit hormonosensibles, ce qui signifie que leur tumeur exprime les récepteurs aux œstrogènes et/ou à la progestérone.

"Bien que les signes semblaient en faveur de l’utilisation d’hormonothérapie néo-adjuvante chez les femmes ménopausées porteuses d’un cancer du sein non conservable d’emblée et hormonosensible, des études étaient encore nécessaires pour déterminer la réponse effective à ces traitements, leur durée et les facteurs prédictifs de leur efficacité", déclare Florence Lerebours, oncologue à l’Institut Curie (Saint-Cloud) et responsable de l’étude Carmina 02. Cet essai clinique, promu par Unicancer, vise à évaluer l’efficacité de deux hormonothérapies - anastrozole et fulvestrant - dans le traitement néo-adjuvant du cancer du sein opérable chez les femmes ménopausées. Il s’est déroulé entre 2007 et 2011 dans 6 hôpitaux français.

L’hormonothérapie comme traitement néo-adjuvant

L’objectif premier de l’étude était d’évaluer la réponse clinique à ces deux traitements. "Au bout de 6 mois, une réponse clinique était observée chez 52,6 % des patientes traitées avec l’anastrozole et chez près de 37 % de celles ayant reçu du fulvestrant, explique le Dr Emmanuelle Mouret-Fourme, épidémiologiste à l’Institut Curie, co-auteure de cette étude. Toutefois, les conditions de l’essai ne permettent pas de comparer ces deux hormonothérapies. En ce qui concerne la chirurgie conservatrice, elle a pu être proposée à 57,6% des patientes traitées par l’anastrozole et 50% avec le fulvestrant." Enfin, la survie des patientes à 3 ans était excellente, de plus de 91%, quel que soit le traitement.

En résumé, ces deux hormonothérapies ont fait preuve d’efficacité en tant que traitement néo-adjuvant pour les cancers opérables avec récepteurs hormonaux positifs chez les femmes ménopausées. Elles apparaissent donc comme une alternative aux chimiothérapies néo-adjuvantes. « Nous encourageons les femmes dont le cancer du sein présente ces caractéristiques à discuter de cette option avec leurs médecins », conclut Florence Lerebours.  

En savoir plus

Randomized phase 2 neoadjuvant trial evaluating anastrozole and fulvestrant efficacy for postmenopausal, estrogen receptor-positive, human epidermal growth factor receptor 2-negative breast cancer patients: Results of the UNICANCER CARMINA 02 French trial (UCBG 0609).
Lerebours F, Rivera S, Mouret-Reynier MA, Alran S, Venat-Bouvet L, Kerbrat P, Salmon R, Becette V, Bourgier C, Cherel P, Boussion V, Balleyguier C, Thibault F, Lavau-Denes S, Nabholz JM, Sigal B, Trassard M, Mathieu MC, Martin AL, Lemonnier J, Mouret-Fourme E.
Cancer. 2016 Jun 17. doi: 10.1002/cncr.30143.