Carole Bouleuc

Paroles d'expert : Dr Carole Bouleuc, cheffe du département DISSPO

Emmanuelle Manck
03/11/2020
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Entretien avec le Dr Carole Bouleuc, cheffe du département interdisciplinaire des soins de support pour le patient en oncologie - DISSPO sur les soins de support.

Comment se positionne l’Institut Curie dans l’histoire des soins oncologiques de support en France ?

Comme un précurseur ! Je suis arrivée à l’Institut Curie en 2003 convaincue que, avec l’allongement des temps de survie aux cancers, les patients avaient besoin de « soins palliatifs précoces » prenant en compte leur personnalité et leur qualité de vie tout autant que leur maladie. L’Institut Curie a créé dès 2005 un vrai département de soins de support, le Disspo, qui compte aujourd’hui plus de 60 professionnels de santé. Avec une ambition : considérer la personne malade dans sa globalité, soigner avec respect, écoute et bienveillance. Nous avons mis en place un dispositif efficace d’information, d’éducation, de sensibilisation et de repérage pour soutenir les patients et leurs proches.

Comment avez-vous développé le Disspo ?

Grâce aux retours positifs des patients qui nous étaient adressés par les oncologues ! Il y a quinze ans, nous voyions des patients arriver au Disspo trop tardivement, souvent en situation de détresse. Aujourd’hui, nous travaillons main dans la main avec les médecins et avec des infirmières d’oncologie formées, capables d’orienter les patients vers des experts de soins de support sur des critères établis. Nous pouvons ainsi intervenir au plus tôt, de manière adaptée et évaluée, dans le cadre d’une prise en charge multidisciplinaire.

Quels ont été les progrès marquants des soins de support à l’Institut Curie ?

Dans le domaine de la douleur, nous avons été pionniers dans l’analgésie intrathécale et développé des techniques interventionnelles pour soulager les douleurs neuropathiques et les douleurs dues aux métastases osseuses. Nous renforçons également
notre offre d’activité physique adaptée (APA) qui s’ouvre à tous les patients en cours de traitement. Nous la considérons comme un vrai « médicament » du cancer : la pratique d’une APA diminue le risque de rechute et augmente l’espérance de vie. Enfin, nous intégrons l’éducation thérapeutique du patient aux soins de support sous forme d’ateliers et de conférences. Les études montrent que l’information et le gain d’autonomie du patient optimisent la prise en charge du cancer. Nous constatons aussi que les patients sont rassérénés par le simple fait de savoir qu’il existe toute une gamme de soins de support et d’équipes prêtes à les aider.