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Déficit en DPD avant une chimiothérapie : l’Institut Curie met en place un examen sanguin systématique

Anne Coppola
26/06/2019
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Les chimiothérapies à base de fluoropyrimidine, largement prescrites dans le cadre d’un grand nombre de tumeurs solides, peuvent induire différents niveaux de toxicités allant jusqu’au décès chez une minorité de patients. Un phénotypage de l’enzyme DPD permet d’aider les cliniciens dans la prise en charge de ces patients.
DPD

Chaque année en France, 80 000 à 100 000 nouveaux patients reçoivent un traitement à base de fluoropyrimidine dans le cadre de leur traitement anticancéreux (cancers digestifs, cancer du sein, cancers ORL). Prescrit sous différentes formes (majoritairement 5FU et capécitabine), ce traitement constitue une option thérapeutique majeure et efficace pour les patients et les cliniciens. Le problème, c’est qu’il peut induire des toxicités sévères chez 10 à 30 % des patients, voire entraîner un décès chez moins de 2% d’entre eux.

Si cette minorité de patients supporte mal cette chimiothérapie, c’est en raison d’un déficit enzymatique. Chez ces patients, un déficit partiel ou total de l’enzyme appelée DPD (Dihydro Pyrimidine Déshydrogénase) ne leur permet pas de dégrader, donc d’éliminer correctement les médicaments anti-cancéreux à base de fluoropyrimidine, d’où les toxicités observées.

Or ce déficit enzymatique en DPD peut être évalué à l’aide d’une simple prise de sang. Grâce à un phénotypage de cette enzyme basé sur la mesure du taux d’uracile dans la circulation sanguine des patients, il est possible de mettre en évidence un déficit total ou partiel de la DPD et ainsi d’adapter les doses de la chimiothérapie afin de diminuer les risques de toxicités chez ces patients.

Depuis avril 2019, en raison des risques sérieux que cette chimiothérapie fait courir aux patients, l’ANSM a rendu obligatoire le phénotypage de la DPD (cf. Chimiothérapies à base de 5-FU ou capécitabine : recherche obligatoire du déficit en DPD avant tout traitement - Point d'Information ) pour tous les établissements de santé et pour tous les patients qui débutent un traitement à base de fluoropyrimidine.

En complément, l’ANSM, l’INCa et la HAS mettent à disposition des patients une fiche d’information permettant d’informer de l’existence du déficit en DPD et du dosage à effectuer pour rechercher un déficit en DPD, qu’il soit partiel ou total.

Jusqu’à maintenant, l’Etablissement hospitalier de l’Institut Curie externalisait les phénotypages auprès de laboratoires (CERBA et HEGP), mais il dispose désormais de toutes les compétences techniques et scientifiques pour les réaliser en interne. A partir du 1er juillet 2019, le phénotypage de la DPD sera possible au sein même de l’Institut Curie.

Les professionnels de santé prescripteurs doivent mentionner sur les primo-prescriptions à base de fluoropyrimidine  « Résultats uracilémie pris en compte » et le pharmacien doit s’assurer de la présence de cette mention avant toute dispensation

précise  le Dr Keyvan Rezai, pharmacologue et chef de département adjoint de radiopharmacologie (département dirigé par le Dr Olivier Madar). Cette analyse impose des conditions pré analytiques importantes notamment en ce qui concerne les horaires de prélèvements (entre 8h et 10h du matin). En effet, l’activité de l’enzyme DPD étant cycle circadien dépendante, le respect de ces horaires de prélèvement est primordial pour obtenir des résultats fiables.

Les résultats du phénotypage sont obtenus dans un délai de 7 jours, de manière à ne pas retarder la prescription et la prise en charge des patients.

La demande du phénotypage de la DPD se trouve dans le catalogue des examens et feuilles de prescription de l’Institut Curie.

Téléchargez le communiqué de l'ANSM