Remi Dendale

Le point avec le Dr Rémi Dendale, responsable du Centre de protonthérapie

Céline Giustranti
13/10/2017
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La protonthérapie est l’une des formes les plus abouties de radiothérapie. Elle doit être proposée à tous les patients pour lesquels elle apporte un avantage thérapeutique. L’objectif est donc d’étendre les indications.

Quels sont les avantages de la protonthérapie ?

Rémi Dendale : Grâce à une balistique précise, les faisceaux de protons ont rapidement représenté un outil de choix pour les radiothérapeutes. Ils possèdent la capacité quasiment unique pour un rayonnement de délivrer une dose d’irradiation de façon homogène et à une profondeur extrêmement précise. La protonthérapie permet d’irradier avec une grande précision des tumeurs situées à proximité d’organes sensibles, comme par exemple le nerf optique ou certaines parties du cerveau. En outre elle limite au maximum l’irradiation des tissus sains et donc les séquelles. A ce titre, elle est donc parfaitement adaptée au traitement de certaines tumeurs de l’enfant.

 

Quels sont les patients qui bénéficient le plus de la protonthérapie ?

Chez l’adulte, le mélanome de l’oeil a été la première tumeur traitée au centre et reste l’indication la plus fréquente avec 5 000 patients traités à ce jour. Face à cette tumeur, les thérapies classiques sont assez inefficaces. Il y a bien sûr la possibilité de pratiquer une énucléation par chirurgie, mais la protonthérapie présente l’énorme avantage de conserver le globe oculaire avec une vision utile dans 90 % des cas.

Le Centre de Protonthérapie accueille aussi chaque année une centaine de patients, adultes et enfants, atteints de chordomes ou de chondrosarcomes de la base du crâne. Ces tumeurs peu fréquentes sont considérées comme radio-résistantes et nécessitent des doses d’irradiation élevées. La protonthérapie permet d’augmenter la dose reçue par la tumeur sans générer trop de dommages dans les organes avoisinants.

Ce sont les enfants les plus grands bénéficiaires de la protonthérapie car elle permet de mieux protéger les organes à risque, de diminuer les complications et de réduire le risque de tumeur secondaire. Les données cliniques, présentées en 2008 par l’équipe du centre de protonthérapie de Boston, qui portent sur plus de 20 ans d’expérience – chez l’adulte essentiellement – confirment une réduction du risque de second cancer de plus de 50 % par rapport à la radiothérapie classique. Or avec l’amélioration considérable du pronostic global des tumeurs pédiatriques au cours des 30 dernières années, la prise en charge et la prévention des complications et des séquelles thérapeutiques à très long terme constituent un objectif prioritaire. Plus de 490 enfants ont été par protonthérapie depuis 2006, dont plus de 140 sous anesthésie générale.

Quel avenir pour le traitement par protonthérapie ?

Au printemps 2017, une nouvelle étape a été franchie avec le traitement du premier patient par la technique dite du Pencil Beam scanning (PBS). Avec cette nouvelle technologique, il est désormais possible de balayer la tumeur avec le faisceau de protons et ainsi de traiter des tumeurs de volumes complexes. Nous allons ainsi pouvoir étendre les indications tumorales pouvant bénéficier de la protonthérapie.

Ce sont principalement les enfants atteints de médulloblastome, une tumeur qui se développe dans le cervelet, qui seront concernés. Actuellement, seuls les enfants dont le foyer tumoral est situé dans la région du cervelet peuvent être pris en charge au centre de protonthérapie. Grâce au PBS, nous allons pouvoir proposer ce traitement à d’autres enfants pour d’autres localisations tumorales ( médiastin, abdomen, pelvis…)